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Le plus beau des cadeaux d’anniversaire

C’est la deuxième séance de soutien scolaire de Vanessa (le prénom a été changé). La première séance a en grande partie été consacré à écouter la mère (c’est une partie importante du travail), à faire connaissance (c’est indispensable), et à évaluer quelle est la nature du problème. Vanessa est en CE2. Elle aime bien l’école. Elle est par ailleurs plutôt bonne élève mais est complètement fâchée avec les maths. J’ai identifié qu’elle faisait bien les additions simples mais échoue systématiquement dès qu’il y a une retenue. Elle compte sur ses doigts mais semble s’emmêler dans son compte et arrive systématiquement à un résultat erroné. Pour notre deuxième séance, après avoir fait les devoirs qu’il y avait à faire pour l’école, Vanessa me montre spontanément ses évaluations : elle est toute fière de son 20/20 (sic – en CE2!) en géographie mais désolée de son évaluation de math : quelques rares points oranges et sinon que des points rouges. Je jette un coup d’oeil et constate qu’en fait la maitresse a vraiment dû bien chercher pour mettre les points oranges : c’est intégralement, irrémédiablement faux – une évaluation rigoureuse aurait mis tout en rouge. Alors on s’y met : je lui montre comment faire une addition avec retenue, lentement, en comptant sur mes doigts : je parts du chiffre le plus élevé et j’ajoute les doigts un à un en comptant l’autre chiffre à haute voix. Quand tous les doigts sont utilisés, je m’interrompe pour dire « on arrive à dix » puis reprends. Vanessa est très attentive. Je lui propose de recommencer – on fait des additions à trois chiffres donc j’ai fait la procédure trois fois déjà. Elle opine. Je réalise d’un coup que c’est probablement le fait replier les doigts en arrivant à dix qui lui pose problème alors pour la deuxième addition, j’insiste sur le « on arrive à dix » avec un ton un peu plus fort et dynamique : elle sursaute ! Mais je vois qu’elle commence à comprendre car lorsque j’ai fini de compter sur mes doigts elle arrive à dire le résultat. Je lui demande si c’est elle qui va faire la suivante – non c’est encore moi qui doit la faire mais je vois bien qu’elle a compris, que c’est plus pour se rassurer. Enfin, elle accepte de se lancer et réussit du premier coup – elle a compris et a un grand sourire. On en fait alors deux ou trois, elle ne réussit pas à tous les coups, elle a encore besoin d’aide (il ne faut pas oublier d’ajouter la retenue pour les chiffres supérieurs), elle fatigue mais je vois bien que c’est acquis. Et je vois le soulagement sur son visage, la joie d’avoir enfin compris. En une petite vingtaine de minutes, je lui ai redonné l’espoir, j’ai commencé à la délivrer de ce boulet si pesant qu’elle traine depuis plus de deux ans. Je lui dit que je crois, qu’elle a compris – elle confirme timidement. Je lui demande, c’est le « on arrive à dix » qui te manquait ? Elle confirme encore. Il ne manquait pas grand-chose.

C’est la fin de la séance, nous repartons et la salariée de l’association me demande si je fais cours la semaine suivante. C’est les vacances scolaire et en principe le soutien s’interrompre. Je n’avais pas prévu de venir mais je n’ai rien d’impératif de prévu, j’hésite – les vacances c’est pas fait pour travailler. Finalement je me tourne vers Vanessa et lui demande si elle aurait envi de venir. Elle me répond de manière enthousiaste : un grand oui avec un grand sourire. Alors c’est convenu, je reviendrai et on ferra des additions.

Ce jour-là c’était mon anniversaire et je crois que ce grand oui et ce grand sourire sont les plus beaux cadeau d’anniversaire que j’ai jamais eu.

Le soutien scolaire, c’est pas toujours comme ça, mais il y a des moments magiques.